AU ROYAUME DES AVEUGLES

Façade en pierre d’un ancien bâtiment à Roscanvel, avec l’inscription « Bellevue » gravée dans le mur

Bellevue.
Le mot tient encore.

Il est pris dans la pierre,
sans horizon autour de lui.

Ce qu’il annonçait n’est pas là.
La vue, le large, la fonction : absents.

Reste un nom,
maintenu debout,
alors que ce qu’il désignait s’est retiré.

Ici, le regard n’était pas libre.
Il était assigné.

À Roscanvel,
le territoire est une extrémité.
Un poste avancé.
Un endroit pensé pour observer sans être vu.

La vue n’était pas un plaisir.
C’était un outil.
Contrôler la mer,
lire les mouvements,
signaler.

Ici, le regard a compté.
Assez pour laisser une trace.
Pas assez pour rester.

S’il fallait encore regarder d’ici,
quelqu’un serait là.

Mais il n’y a que le mur.
Et ce mot,
qui n’ouvre plus rien.