AU BOUT DU CHEMIN
Le Chemin du Halage longe l'Odet sur deux kilomètres et demi. Une mini-autoroute de l'activité physique quimpéroise. Des joggeurs en tenue technique, des maîtres avec leurs chiens, des retraités en duo, des cyclistes qui slaloment entre tout le monde. Quand le temps est clément, ça défile. Quand il pleut, la langue de terre se vide. Juste l'Odet qui coule.
Depuis plusieurs jours, un van blanc et une caravane occupent le terminus. Pas garés : installés. Posés là comme une nature morte au bout du monde.
Peu de promeneurs vont jusque-là. La plupart font demi-tour avant. Ceux qui poussent jusqu'au bout tombent sur eux : le van et la caravane, immobiles, au point où la terre s'arrête.
Le van porte les marques du temps. La caravane aussi. Ni flambant neufs, ni franchement abandonnés. Entre deux états. Aucun signe de vie visible. Pas de fumée, pas de linge, pas de silhouette derrière les fenêtres.
Pour arriver là, il a fallu emprunter une route de service. Une voie qui dessert le poste de refoulement des eaux usées et rien d'autre. On n'y va pas sans raison. Un cul-de-sac qui mène à un ouvrage d'assainissement au bout du chemin du halage. C'est-à-dire : nulle part.
Les jours passent. Le ballet quotidien des sportifs et des chiens continue. Le van et la caravane sont toujours là, au même endroit, dans le même silence. Personne ne sort. Personne n'entre. La scène ne bouge pas.
Par mauvais temps, le chemin se vide. La pluie fouette la langue de terre. Le van et la caravane demeurent seuls, battus par les éléments. Aucune fumée ne s'échappe. Aucune lumière ne filtre. Juste ces coques de tôle et de plastique face à l'Odet et au vent d'hiver.
Il y a cette question qui reste en suspens : pourquoi se donner tant de mal pour aboutir à la fin d'un chemin ? Pourquoi choisir le terminus absolu, là où il n'y a plus d'ailleurs possible ?
Les promeneurs repassent. Font demi-tour. Repartent vers la ville.
Le van et la caravane restent au bout de la langue de terre. Échoués. Comme ces bateaux qui viennent poser l'ancre et n'en repartent jamais.