HORS CHAMP
Il ne paît pas.
Il ne détourne pas la tête.
Il est là, immobile, à quelques mètres des ruines de la chapelle.
Pas devant.
Pas dedans.
À côté.
Son corps est massif, presque minéral.
Le poil clair capte une lumière blanche.
Rien de spectaculaire. Rien d’attentif non plus.
Son regard traverse l’espace.
Il ne me fixe pas.
Il me traverse.
Je m’approche. Il ne réagit pas.
Ce cheval n’est pas une rencontre animale.
Il ne répond pas.
Il ne reconnaît rien.
Il est là comme les pierres sont là.
Comme la ruine est là.
Hors Champ.
Face à lui, je comprends que je ne fais pas partie du cadre.
Ma présence n’a aucune épaisseur.
Je passe. Il demeure.
Par nature.
Il appartient à l’ailleurs.
Un temps long, épais, immobile.
Il ne m’ignore pas. Il ne me voit pas.
Ce regard vient de loin.
Trop loin pour s’accrocher à une vie passagère.
Il porte quelque chose de plus ancré.
Plus ancien même que le souvenir.
Ce n’est pas un animal dans un champ.
C’est une présence.
À côté de la ruine, le cheval tient sa place.
Comme si lui aussi faisait partie du vestige.
Je reste là quelques instants.
Puis je m’en vais.
Le cheval ne bouge pas.
Il regarde à travers moi.
Il ne m’a pas vu.