PUTAIN 3 ANS
Putain, 3 ans
Ça fait 3 ans que j'ai claqué la porte de Montreuil pour poser mes valoches à Quimper.
Ni tout à fait sur un coup de tête, ni tout à fait sur un coup de cœur.
Une fenêtre de tir. Un instant de bascule.
Le should I stay or should I go n'était plus de mise.
C'était yes or no.
Je suis parti. À Quimper.
Ville qui m'a vu naître. Où j'ai passé le bac.
Où le dernier concert auquel je m'étais rendu était celui de The Bolshoï, dans un rade dont j'ai oublié le nom mais pas le souvenir.
Trois ans sans un concert.
Pas de bistrot.
Pas de décibels.
Pas de vieux porcs-épics à poil dur, pas de working class heroes en Doc Martens impeccables.
J'ai quitté Quimper à 19 ans. On l'appelait la Belle Endormie.
J'y suis revenu 40 ans plus tard.
Je l'ai trouvée à demi morte.
Vitrines fermées.
Rues lépreuses.
Faillites à la chaîne.
Quimper où tout bouge et rien ne bouge.
Putain. C'est beau Quimper.
Surtout l'hiver, sous la flotte, avec sa joie éteinte et ses touristes qu'on attend comme on attend la pluie après la sécheresse, pour qu'il y ait du bruit, des voix, des cris.
Pour qu'il y ait de la vie ici.
Quimper, c’est binious à gogo en été et c’est vos gueules les mouettes le reste de l’année.
Ça fait 3 ans que j'attends.
Vendredi soir, à l'Îlot Saveur.
The Unbelievers.
Nous n'étions qu'une poignée.
Pas une légion.
Une poignée.
Mais l'important n'était pas le nombre.
L'important était que nous étions présents.
En arrivant, j'ai retrouvé des détails que je connaissais par cœur : l'envie de faire vivre, d'offrir un moment, de faire du bruit millésimé dans des conditions tendues, inadaptées.
Carrelage, pas de scène, pas de light, un groupe taiseux mais pas manchot installé trop près du comptoir.
Un public improbable, pas conforme, qui n'a pas payé sa place mais qui paye des coups à boire, qui siffle de bon cœur, qui applaudit des Gentlmen Rockers venus s'échouer dans un rade de province avec un set impeccable.
Et j'ai retrouvé ces vieux grognards, ces types que j'ai vus mille fois dans des concerts à Montreuil, des organisateurs qui ont déjà laissé leur chemise sur le carreau plusieurs fois et qui recommencent, qui n'ont rien à y gagner, qui le font parce que c'est la culture de bars, parce qu'ils savent le sens du partage, du bar qui tourne, du rock qui sonne, des cœurs qui cognent.
Stéph' Cariou et Rock Art Fusion sont de ceux-là.
Des artificiers.
Inlassablement, ils allument la mèche.
Depuis des années.
Pendant que le groupe jouait, le bar a vendu ses bières.
Une soirée, une caisse qui tourne, une adresse qui devient une habitude.
Ça aussi, c'est une ville vivante.
C’est aussi ça l’économie locale.
Demandez aux gens ce qu'est Quimper.
Neuf sur dix vous répondront : la cathédrale.
Une ville peut empiler les équipements, les saisons culturelles, les marionnettes et les cornemuses.
Ça ne suffit pas à fabriquer une identité.
Une fois qu'on sort du théâtre, les rues sont vides.
Un concert dans un bistrot, lui, ne demande la permission à personne.
Il fait tomber la foudre.
Et la foudre est aussi belle que l'arc-en-ciel.
J'ai sorti mon appareil pour la première fois depuis trois ans.
Juste un type avec un t-shirt Montreuil et un appareil Fujifilm.
THE UNBELIEVERZ - L'ILOT SAVEUR - QUIMPER - 20 JUIN 2026


Concert du groupe The Unbelieverz à l’Îlot Saveur à Quimper, organisé par Rock Art Fusion.

















